Céramistes invités :
Mélanie DUCHAUSSOY
Clément SEGER
Laurent SUCHEL

Le vernissage de cette exposition aura lieu le Samedi 27 juin 2026 à partir
de 20h00 au Trampoline, place de l’Olme Vic le Comte.

Cette nouvelle exposition «Comme c’est Bizarre !» évoque une céramique singulière, vous vous en doutez bien, qui s’émancipe des normes. Souvent délirantes, drôles ou à faire peur, figuratives, naïves ou narratives, les sculptures céramiques sont ici porteuses d’excès, mais aussi de poésie. Les œuvres ne racontent pas une histoire précise, elles suggèrent et invitent à la projection, à la contemplation tout en suscitant un sentiment étrangement inexplicable.
Aux multiples facettes, Mélanie Duchaussoy entre estampe et terre, interprête la métamorphose et l’hybridation dans la figure humaine. On retrouve de la dramaturgie en revanche dans les créatures monstrueuses de Clément Seger, hérissées d’épines. Quant aux oeuvres oniriques, poétiques, humoristiques et tendres de Laurent Suchel elles nous plongent dans l’univers de l’illustration jeunesse voire même de la bande dessinnée.

Présentation des artistes

Mélanie DUCHAUSSOY

Mélanie Duchaussoy fusionne souvent l’homme et la bête dans ses créations. Cela crée des figures étranges mais familières pour l’observateur attentif. On y retrouve une humanité brute, sans artifice.
Ces créatures interpellent la mémoire collective et individuelle. Elles semblent sortir de contes anciens enfouis en nous. Le spectateur ressent une connexion immédiate avec la matière. C’est un dialogue entre l’œuvre et l’inconscient.

Ses modelages cherchent une forme d’archaïsme brut et sincère. Elle travaille sur l’origine du geste artistique. Voici les éléments clés de son approche : l’ambiance onirique, le bestiaire mythologique, la narration sculptée.

Son monde est entre deux : entre familier et étrange, entre matière et chimère, entre peinture et sculpture, entre humain et animal, entre contes de fée, mythologies et esprits totémiques.
Ses pièces racontent des histoires sans paroles explicites. Elles invitent à un voyage intérieur immobile et personnel. L’ambiance onirique y est palpable, chaque sculpture possède son propre récit silencieux. On devine une mythologie personnelle très riche derrière l’émail.

« Pour cette exposition, j’ai eu envie d’appliquer ce processus d’hybridation, commun dans mon travail, au thème du Centaure.

Mi-homme, mi-animal cette figure antique donne des contours «tiraillés» à notre humanité. Le corps humain en mutation, qui perds progressivement cette «rallonge» quadrupède donne un ensemble de personnages faunesques et caillouteux ».

Le monotype, c’est un écrit qui se cache.
Il se courbe, se dessine. Né de l’empreinte, il se couche sur le lit de la presse.

Mes séries confient des bribes d’histoires, de souvenirs. Une accroche narrative constituée de petits faits, cailloux transformés en de rêches figurines.

Le dessin permet cela, une description qui dépasse les limites du visible: il «écrit» le Temps.

Mes personnages sont fait avec une économie de gestes visant à faire sortir l’essentiel de la forme sans préoccupation de décor ou de perspective. Seul compte à mes yeux, le sentiment d’une histoire qui doit se raconter. Les œuvres dans leurs expressions nous parlent d’une mémoire, il y a comme une disparition, un sentiment d’altération. La beauté n’est pas parfaite mais «grignotée», elle boîte légèrement et nous rappelle par son cliquetis, une clépsydre intérieure ».

Mélanie Duchaussoy – 2020

Laurent SUCHEL

Laurent Suchel sculpte des bestioles et les présente seules, en troupeaux, ou sur un volume, également en terre, qui représente une petite scène.
Lorsque je crée une scène, je cherche à raconter une histoire, à représenter une situation cocasse, décalée (par exemple l’effet du vent qui souffle sur une bestiole )
Parfois, je mets en scène un titre de chanson (ainsi la « gare aux gorilles »), un proverbe (« un vent à décorner les bœufs ») ou une expression (« pince-mi et pince moi sont dans un bateau », « chien de faïence »). J’aime bien jouer avec les mots et représenter des contrastes .

J’aime la retenue et ce qui est épuré. Mes pièces sont sobres, peu chargées. Je suis attiré par les graphismes répétitifs et les formes simples et stylisées des objets.
Très inspiré par la nature, dans laquelle je passe beaucoup de temps, en balades et lors de sorties en falaise pour grimper, je suis aussi sensible et fasciné par le monde animal. La pratique de l’escalade et la fréquentation des falaises sont une inépuisable source d’inspiration (couleurs, formes, graphismes). Ces sorties sont l’occasion de collecter des « trésors de la nature » (éléments végétaux ou minéraux remarquables) qui deviendront oreilles, queues ou cornes de mes bestioles.
Celles-ci forment un univers assez onirique, poétique, humoristique et tendre, assez proche de la BD et de l’illustration jeunesse

Clément SEGER

Clément Seger vit en Creuse, au plus près du vivant, dans un territoire où la nature est émaillée de ronciers et où les moyens ducs, lézards verts, oreillards roux et grand paon de nuit trouvent refuge. Il travaille la céramique, le bois et le métal avec la même attention, la même exigence presque silencieuse. Autour de lui, les animaux, les arbres, les saisons, la matière, participent d’un même souffle. Il ne contemple pas la nature : il y habite, il s’y harmonise, il s’y relie et s’y enracine. Il la pense comme un temple protecteur, vaste, fragile mais résistant, indifférent aux vanités humaines.

Son travail naît là, dans cet espace fragile entre protection et disparition, entre force et abandon. En céramique, il travaille le grès noir, parfois plus clair, comme si la terre elle-même hésitait entre l’ombre et la lumière. Des géodes organiques, qui semblent venues d’un autre règne, des formes closes et ouvertes, comme si la matière s’était mise à penser seule. Ni tout à fait minérales, ni tout à fait végétales. Sur leurs surfaces, Clément aligne patiemment des piques de terre, de façon répétée, comme une végétation devenue défensive, comme une peau qui pousse pour se protéger du monde.

Clément avance dans la matière comme on entre en méditation, sans chercher à dominer ce qu’il fait mais en acceptant que la forme résiste, qu’elle se défasse parfois, qu’elle déborde. Il aime le chaos de la vie, mais il ne renonce jamais à une forme de perfection dans la forme finie. Ce paradoxe traverse son œuvre : quelque chose d’exigeant, de presque austère, et en même temps une part de lâcher-prise, comme si la pièce finissait toujours par décider elle-même de ce qu’elle voulait devenir.

Ses formes peuvent évoquer le corail, de la mousse ou des restes d’un monde ancien. Elles ressemblent à des fragments d’univers qui auraient poussé sous terre ou au fond d’un cratère silencieux et éteint ou à de petites choses vivantes qui auraient appris à se défendre par la matière.

Dans cet univers singulier, des créatures étranges apparaissent, les Muguls, les habitants fantômes. Dans le plis d’une branche, en haut d’un talus, ou encore, au fond d’une mare vaseuse. Gardiens des lieux, ils ouvrent l’œil, méditent, baillent, chuchotent et caracolent gaiement. Pour l’occasion, quelques volontaires se sont incrustés à l’exposition, pour y changer l’air. Clément a fabriqué des flutes de gland, des appeaux, afin d’ouvrir un dialogue sourd avec ces personnages bruyants.

Il travaille en écoutant de longues émissions sur la géopolitique, la science, l’écologie; il se tient au courant du bruit du monde tout en faisant des pièces qui ressemblent à des refuges imaginaires.

Son œuvre ne se livre pas d’un coup. Elle demande qu’on s’approche, qu’on accepte de ne pas tout comprendre, qu’on se laisse traverser par leur lente vibration. Dans ses formes, il y a une promesse tenace : celle d’un monde qui résiste encore, une nature qui ne se laisse pas entièrement détruire, une matière qui finit toujours par reprendre sa place.